Bienheureux les pauvres d'esprit !
Page augustinienne, n°31
Les pages augustiniennes vous aident à prier au long de l’année, grâce à des textes tirés de la grande œuvre de Saint Augustin, patron et fondateur des chanoines réguliers.
« Bienheureux les pauvres d’esprit, parce qu’à eux appartient le royaume des cieux.
Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu’ils posséderont la terre en héritage.
Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu’ils seront consolés.
Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu’ils seront rassasiés.
Bienheureux les miséricordieux, parce qu’ils obtiendront miséricorde.
Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu.
Bienheureux les pacifiques; parce qu’ils seront appelés enfants de Dieu.
Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce qu’à eux appartient le royaume des cieux. »
(Mt. 5, 3-10 : évangile de la Toussaint)
La première béatitude est celle qui provient de l’humilité : « Bienheureux les pauvres d’esprit,» c’est-à-dire ceux qui ne sont point enflés, dont l’âme se soumet à l’autorité divine, et craint d’être livrée au supplice après la mort, bien qu’elle puisse peut-être s’estimer heureuse en cette vie.
De là elle arrive à la connaissance des saintes Ecritures, où elle doit se montrer douce par esprit de piété, pour ne pas s’exposer à blâmer ce que des ignorants traitent d’absurde et devenir indocile par d’opiniâtres discussions.
Dès lors elle commence à comprendre par quels nœuds elle est enchaînée à ce siècle au moyen de l’habitude et du péché; par conséquent, dans ce troisième degré, qui est celui de la science, elle pleure la perte du souverain bien, en se voyant retenue à l’autre extrémité.
Le quatrième degré est celui du travail, des violents efforts que l’âme fait pour s’arracher au plaisir empoisonné qui la captive. Là on a faim et soif de la justice, et le courage est grandement nécessaire, parce qu’on ne quitté pas sans douleur ce qu’on possède avec joie.
Dans le cinquième degré, on donne à ceux qui ont persévéré dans le travail un conseil pour s’en délivrer; car, sans le secours d’une puissance supérieure, personne n’est capable de se débarrasser de misères si grandes et si compliquées ; et ce conseil si juste, c’est de venir en aide à la faiblesse d’un inférieur, si l’on veut recevoir du secours d’un supérieur.
Le sixième degré consiste dans la pureté du cœur qui, forte de la conscience des bonnes œuvres, est capable de contempler le souverain bien, qui n’est viable que pour l’intellect serein et pur.
Le septième est la sagesse même, c’est-à-dire la contemplation de la vérité, qui pacifie l’homme tout entier, et le rend semblable à Dieu.
La huitième béatitude rentre, pour ainsi dire, dans la première ; aussi dans l’une et l’autre nomme-t-on le royaume des cieux. Bienheureux les pauvres d’esprit parce qu’à eux appartient le royaume des cieux ; » puis Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce qu’à eux appartient le royaume des cieux ». C’est déjà dire : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? » Est-ce la tribulation ? est-ce l’angoisse? est-ce la persécution ? est-ce la faim ? est-ce la nudité ? est-ce le péril ? est-ce le glaive ? » Il y a donc sept degrés dans le travail de la perfection ; car le huitième résume tout dans la gloire, fait voir ce qui est parfait et revient au premier, afin de parfaire les autres degrés par le premier et le dernier.
Extrait du Commentaire sur le Sermon sur la Montagne, III, 10
Aujourd’hui, en cette fête de la Toussaint, Saint Augustin nous invite à nous mettre à la suite du Christ, Lui qui nous est dépeint dans les Béatitudes. C’est en mettant nos pas dans les siens que nous deviendrons fils dans le Fils. C’est un chemin de conversion, qui passe par la mort au vieil homme pour faire grandir l’Homme Nouveau, créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté.
